Félix Thisekedi s’est laissé une marge de manœuvre assez conséquente pour attirer les uns et les autres sans nécessairement leur promettre quoi que ce soit. Beaucoup ne l’ont pas compris.
Beaucoup de nos compatriotes sont surpris par la tournure que semble prendre l’Union sacrée avec le départ de la plateforme ENSEMBLE de Moise Katumbi, voire prochainement du MLC. Et pourtant, tout ceci était prévisible. Je vous renvoie à mon poste du 6 décembre 2020 (Mon décryptage du discours de Félix Tshisekedi). J’écrivais ceci en substance :
« […] Même si Félix Tshisekedi a annoncé de manière alambiquée la rupture de cette coalition problématique (FCC-CACH), une analyse serrée de son discours permet d’en dégager certaines subtilités qu’il convient d’analyser froidement pour saisir non seulement la pensée profonde de l’homme, mais aussi et surtout la réalité de l’exercice du pouvoir à laquelle celui-ci est confronté […] Contrairement à ce que beaucoup de Congolais pensent, l’ « Union sacrée » n’est pas une plateforme politique, mais des valeurs qui devraient régir la gouvernance et le fonctionnement des institutions. Autrement dit, si le FCC s’engage dans une nouvelle dynamique de cogestion du pouvoir avec CACH, les choses pourraient PEUT-ÊTRE évoluer favorablement pour la coalition problématique. En réalité, rien n’est figé, et la politique étant extrêmement dynamique au Congo de Lumumba, tout est possible… »
En clair, Félix Thisekedi s’est laissé une marge de manœuvre assez conséquente pour attirer les uns et les autres sans nécessairement leur promettre quoi que ce soit. Beaucoup ne l’ont pas compris.
Dans cette affaire d’Union sacrée, la position de Félix Tshisekedi face au duo ENSEMBLE-MLC est très compréhensible au regard non seulement du rapport de force sur le terrain politique, mais aussi et surtout des ambitions des uns et des autres à l’approche de 2023.
En effet, contrairement à Joseph Kabila, qui ne semble pas avoir d’ambitions politiques, Jean-Pierre Bemba et Moise Katumbi en ont. Félix en est conscient. Leur céder des postes clés au sein de l’exécutif revient à donner à ses futurs adversaires le bâton pour se faire battre plus tard. Et c’est sans oublier que la « trahison » (c’est selon) de Genève est encore fraiche dans les esprits. De ce point, on peut comprendre la position de Félix Tshisekedi. Au risque de choquer plusieurs, je dirais même que dans cet environnement politique hautement toxique, Joseph Kabila reste l’allié le plus «fiable» de Félix Tshisekedi dans ce grand jeu politique congolais où tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Après tout et en dépit de leurs différends, ne sont-ils pas liés par un « deal » dont eux seuls détiennent le secret ?
Je bois mon lait nsambarisé…
PATRICK MBEKO